L’Ipad Congolais: un conte de la mondialisation

J’ai suivi hier soir un fascinant débat sur Twitter autour d’un produit de haute technologie made in Congo, ou pas.  Julie Owono, une jeune journaliste camerounaise interrogeait dans un article surprenant l’origine de fabrication d’une tablette tactile annoncée comme conçue au Congo. Elle fut accusée par certains technophiles africains de traîtrise, par d’autres d’anti-africanisme.

La tablette VMK présentée comme conçue au Congo (c) VMK

Une bonne nouvelle, cette discussion en ligne signifie que l’afrique des nouvelles technologies s’organise, qu’elle entre elle aussi par la grande porte  de cette histoire du monde contemporain. Une autre, moins sympathique et qui nous intéresse ici, c’est la question de la redistribution des capitaux issus de la valeur ajoutée. Il y a tapie en trame de fond de ce débat une vraie question de citoyenneté: qu’achète réellement le consommateur africain ou européen et qui profite des capitaux issus de la valeur ajoutée des matériels de nouvelles technologies ?

Ironie de l’histoire, la colombite tantalite ou Coltan, matière première caractéristique des semi-conducteurs présents dans ces gadgets est originaire du grand Congo voisin, cible potentielle d’écoulement de la tablette VMK. Cette matière première est la cause de la guerre la plus meurtrière depuis la seconde guerre mondiale, on parle de 5 millions de morts.  L’afrique centrale paierait ainsi plusieurs fois le prix fort de la morale de ce conte de la mondialisation. Et le terme du paiement va au-delà d’un « simple » petit rein.

Un produit anti-consommateur africain ?

L’article de Julie Owono laisse entendre au lecteur africain qu’il achète en fait un produit en marque blanche, estampillé made in Congo pour beaucoup plus que le double du prix auquel le même produit est vendu sur des sites de revente de produits électroniques chinois. 90 euros pour le produit chinois en marque blanche et 300 euros lorsqu’il est « Re-Marqué » africain et certifié d’origine africaine.  Ca fait un peu cher le macaron de marque, et le patriotisme économique. Et il y a une énorme méprise.

Le consommateur africain, le moins fortuné au monde, devrait payer au prix fort une marchandise sans garantie, sans service après-vente et qui a la réputation de ne pas souvent fonctionner ensuite. Ce même consommateur va dépenser l’équivalent de 7 fois le SMIC local pour l’acquérir. En comparaison de pouvoir d’achat, l’Ipad coûte la moitié d’un smic en France. Le consommateur africain devrait ainsi  payer 14 fois pour obtenir le même type de produit, mais aux propriétés et à la fiabilité aléatoires.

Ceci est indécent, surtout parce que si cette esbroufe est avérée, le concepteur congolais aura affirmé à grand coup de réclame à ce consommateur qu’il lui a fabriqué un produit africain, adapté à son portefeuille alors qu’il n’en est rien.

Un représentant des citoyens qui soutient l’initiative

Julie Owono fait aussi remarquer dans son article que la société supposée avoir conçu le clone de l’Ipad est dirigée par Vérone Mankou, conseiller aux nouvelles technologies du ministre des télécommunication congolais, Thierry Moungala. Cette société de communication sur Internet est aussi qui a conçu le blog du ministre et la plupart des sites gouvernementaux au Congo Brazzaville. En septembre prochain, le ministre organise un grand rendez-vous du Web africain, pendant lequel sera a priori présenté la tablette. Il est aisé aussi d’imaginer les bénéfices en termes de communication politique d’une opération « première tablette africaine », alors que le Congo ne possède pas un seul institut supérieur technologique de second cycle.

L’Ipad, le prix du sang congolais et Obama

La demande exponentielle en téléphones portables et en smartphones a eu pour conséquence directe la plus terrible et la plus sanglante des guerres de l’histoire depuis 1945. La miniaturisation des semi-conducteurs nécessaires à la fabrication de ces appareils est impossible sans un minerai rare: la colombite tantalite ou Coltan.  Ce minerai qui vaut plus que l’or et dont la République démocratique du Congo voisine produit près de 80% est aussi indispensable à la fabrication de la tablette sino-congolaise dont nous parlons. Ce produit sera peut-être revendu au prix fort au Congo-Kinshasa, hasard de l’histoire, les capitales des deux Congo sont séparées d’une poignée de kilomètres.

Le gouvernement américain mène en ce moment une campagne juridique pour la traçabilité du Coltan. Les entreprises américaines importatrices de Coltan devraient normalement s’assurer de l’origine de production, et vérifier que le matériau qu’elles commercent n’est pas issu du trafic lié au conflit en RDC. La tâche politique est immense car il faudra surtout que les fabricants d’appareils électroniques s’assurent de la traçabilité du Coltan.  La semaine dernière, le président Obama et Hillary Clinton ont marqué un pas politique  à l’aune de ce qui avait été fait  avec le processus de kimberley, concernant les diamants du sang. Il était temps, depuis 1998 des centaines de milliers de femmes ont été violées, plus de cinq millions de personnes ont perdu la vie au nom des Smartphones et des tablettes tactiles.

En Europe, nous devons également prendre des mesures énergiques pour juguler ce défi politique et humaniste. L’utopie humaniste voudrait aussi que les fabricants de smartphones devraient donnent gracieusement à chaque habitant des deux Congos des tablettes tactiles, qui fonctionnent correctement, pour le prix du sang.

Retweet
Ce contenu a été publié dans Avenir, Proposition, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>